EGLISE SAINTE PERPETUE


L’idée première de la réédification de l’ancienne église Sainte Perpétue remonte au-delà de la révolution de 1848, c’était sous l’administration du maire Ferdinand Girard (1832 à 1848).
La reconstruction de cette église paroissiale en un lieu plus dégagé avait été envisagée, cette proposition sera repoussée, un autre emplacement "arrosé par le sang des martyrs de la révolution" sera choisit, c'était l'ancienne chapelle des Capucins, théâtre de la bagarre de Nîmes et du massacre du 13 juin 1790.
Dans la pensée du maire, qui a créé l’esplanade avec sa fontaine monumentale (Fontaine Pradier), l’érection d’une façade élégante et riches devenait un complément indispensable à la décoration de cette place.
Cette pensée prit corps à l’exposition des beaux-arts de 1850, où l’ont pu remarquer, le splendide dessin de Léon Feuchère qui comprenait un système complet de décoration incorporant à l’est de l’Esplanade, l’hôtel du Luxembourg (démoli en 1954 et remplacé par l’immeuble d’habitations actuel), l’église Ste perpétue et un établissement de bains publics surmonté d’une coupole.
Dans ce projet seul deux bâtiments seront réalisés par l’architecte Feuchère, l’hôtel du Luxembourd et l’église Sainte Perpétue, le troisième bâtiment prévu était un établissement de bains publics surmonté d’une coupole, ce dernier ne verra jamais le jour.
La manutention de l’armée sera démolie en 1987 pour laisser place à l’hôtel Atria.
 Historique de l’emplacement de l’hôtel Atria
- Ancien cimetière de l’église St Thomas, jusqu’en 1629.
- Etablissement des Capucins, jusqu’en 1790.
- Manutention de l’armée.
- Hôtel Atria depuis 1987.
La reconstruction de l’église Sainte Perpétue commence le 1er octobre 1852 avec la cérémonie de la pose de la première pierre, présidée par le Prince-Président Louis Napoléon Bonaparte en visite à Nîmes. (futur Napoléon III)
La construction de cet édifice s’avéra longue et semée d’embûche, le projet initial ne prévoyait qu’une élévation de façade sur le devant de l’ancienne église, avec une prévision de dépense de 160 000 frs. Mais dès le 12 novembre de la même année, l’architecte signalait un défaut de proportion entre les travaux neufs autorisés et les parties à conserver du vieil édifice, il propose donc d'importantes modifications, ces dernières sont adoptées par le conseil municipal un nouveau devis de 260 000frs est proposé, le conseil approuve par sa délibération du 17 novembre 1852, les travaux se poursuivront sans interruption jusqu’au décès de l’architecte Feuchère au début de l’année 1857.
 
M. Monsimier son collaborateur prend la direction des travaux. 230 000 frs avaient été dépensés, mais le bâtiment était à peine arrivé au tiers de son élévation, les dépenses son réévalués pour la somme de 322 000 frs, naturellement lors de la session du Conseil Municipal de février les édiles se récrièrent à cette révélation inattendue, le nouvel architecte est sommé de justifier ces nouvelles dépenses.
 
Dans l’intervalle entre la cession de février à celle de mai 1857, deux commissaires se livrèrent à une étude approfondie des propositions de M. Monsimier, le résultat de leur contrôle fut d’élever encore la prévision à 357 000 frs, le Conseil municipal approuvera par la délibération du 27 mai 1857, mais ne pouvant financer cette somme un emprunt deviedra nécessaire.
 
L’église s’achèvera sous la direction de M. Libourel, suite au décès l’architecte Monsimier.
 
Seul l’entrepreneur Granon (*) poursuivra cette œuvre de bout en bout, jusqu’au 31 juillet 1862, date de la pose de la dernière pierre disposée pour recevoir la croix tout en haut de la flèche. Cette croix de 8 mètres de haut qui pèse 600 kg, est l’œuvre de Marius Nicolas, entrepreneur de serrurerie d’art à Nîmes.
 
(*) Se succèderont pendant la construction de l’église :
- 2 évêques (Jean-François-Marie Cart, 1838-1855 et Claude-Henri-Augustin Plantier, 1855-1875).
- 3 architectes (Léon Feuchère, Monsimier et Libourel).
- 4 maires (Frédéric Vidal, 1851-1854, Jean Philippe Pérouse, 1854-1856, Jean Duplan, 1856-1861, Fortuné Paradan, 1861-1865)
 
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Église Sainte-Perpétue
Extrait de "Nîmes Autrefois Aujourd'hui" de Théodore Picard, 1901

La nouvelle église paroissiale de Sainte-Perpétue fut construite de 1852 à 1864, sur les plans de l'architecte Léon Feuchère, au lieu de l'ancienne chapelle conventuelle des Capucins, érigée en cure, en 1803, sous le vocable de Sainte Perpétue. Il s'agissait d'abord d'une simple restauration et d'une façade monumentale à édifier d'après un dessin exposé en 1850, avec un devis de 130.302 fr. ; la dépense finale, après trois devis supplérnentaires, a été de près d'un million : la réfection a été complète. La première pierre fut posée le 1er octobre 1852, au passage du Prince-Président dle la République (1), en présence de Mgr Cart. Le 2 février 1864 , Mgr Plantier bénit la nouvelle église ; elle fut solennellement consacrée le 8 juin suivant, par Mgr Dubreuil, Archevêque d'Avignon.
Cet édifice n'appartient à aucun style connu ; il est empreint néanmoins d'une certaine originalité. C'est un joli monument qui ne manque ni de grandeur, ni de charme ; mais il pêche par son défaut de longueur (4I mètres) limité qu'il est a l'Est par la ruelle du Louvre ; sa largeur est de 22 mètres. Dans le projet primitif, cette ruelle devait être déplacée, et la longueur portée à 58 mètres. La superficie occupée est de 1050 mètres carrés.
Le superbe clocher en avant-corps au milieu de la façade, constitue la décoration essentielle de l'édifice. Il est solidement établi au-dessus d'un porche de forme ogivale très-surhaussé, sous lequel s'ouvre la porte principale, et flanqué, jusqu'à la hauteur du pignon, de deux corps de bâtiments formant contreforts. En avant des piédroits de ce porche, se détachent deux magnifiques colonnes de marbre noir, ornées de chapiteaux richement sculptés, supportant un entablement qui, de même que l'embasement, profile sur toute la largeur de l'édifice, et sur lequel vient s'appuyer la retombée d'une large archivolte. Le linteau de la porte principale est accompagné d'un tympan en bas-relief, représentant la Mère de Dieu offrant son Fils à l'adoration des Anges; dans le fond, un gable très aigu, orné d'arabesques et de crochets, surmonte ce tympan et vient compléter la décoration du porche.
Vers le haut de la tour carrée qui supporte le clocher, une corniche saillante, sur mâchicoulis à arcatures ogivales, orne et contourne la partie supérieure de la façade. La décoration est complétée par une superbe niche â ogive trilobée, en saillie au-dessus de l'archivolte du porche, qui abrite une statue colossale du Christ, œuvre de Félon, montrant d'une main le ciel, et de l'autre, à ses pieds, le calice de la Rédemption. Ce sculpteur est également l'auteur des deux statues, Sainte Félicité et Sainte-Perpétue, martyres, qui ornent la partie médiane de la façade.
Le clocher proprement dit, de forme quadrangulaire, flanqué de colonnettes à clochetons dans les angles, se détache au-dessus du pignon, avec ses deux étages à baies ogivales, couronnés de frontons. Il est surmonté d'une flèche octogonale en pierre, d'une très grande hardiesse, ornée de crochets, et couronnée par un large fleuron aux feuilles épanouies, d'où s'élance, radieuse, à 68 mètres au-dessus du sol, une grande croix en fer, d'un travail remarquable, de 8 mètres de hauteur, dont 5m dans œuvre.
Un peu en arrière des contreforts du clocher, aux extrémités de la façade, s'élèvent deux tourelles à huit pans, terminées chacune par une courte flèche. Entre ces tourelles et les contreforts, s'ouvrent les deux portes latérales donnant issue aux bas-côtés. Elles sont ornées chacune d'un tympan en bas relief, représentant : celui de gauche, les évangélistes Saint Mathieu et Saint Jean ; celui de droite, Saint Luc et Saint Marc. La décoration de cette partie de la façade se termine, de chaque côté, par une fenêtre ogivale géminée, accompagnée d'un fronton aigu, et terminée par un acrotère sur lequel se dressent les statues en marbre de deux anges allégoriques de Bosc. Un magnifique perron de six marches élève la façade, et contribue à en rehausser la belle structure.
- Deux petites tourelles octogones terminées par une flèche fleuronnée, encadrent la façade du chevet. Le mur semi-circulaire qui le termine correspondant à la nef centrale, est percé de deux rangs d'arcades ogivales trilobées ; chacune des baies est ornée de deux meneaux.
L'intérieur à trois nefs, comprend six travées sans transept ; vient ensuite le chœur proprement dit, formé de deux petites travées, enfin, le sanctuaire qui occupe le fond de l'abside en hémicycle ; sur le côté droit s'ouvre la sacristie. Les absidioles des bas-côtés sont terminées par des chapelles ajourées par le haut. Les six arcades intérieures de chaque côté de la grande nef, correspondant aux six travées, sont de forme ogivale, avec archivolte au-dessus très surhaussée, simulant une arcature. Chacune de ces arcades est supportée par un faisceau de quatre colonnettes très sveltes de Barutel, avec chapiteaux ornés d'arabesques. La nef centrale a une largeur de 9m30.
- La décoration intérieure, surtout celle du chœur et de ses tribunes, rappelle assez les dessins de l'Allambra. Le maître-autel, en marbre blanc de Carrare, est orné aux extrémités de deux belles statues d'anges dues au ciseau de Bosc. Les grandes orgues, établies en encorbellement au-dessus du porche, sont l’œuvre de Cavaillé-Coll de Paris. C'est la Maison Martin d'Avignon qui a fourni la délicieuse verrière du fond et les vitraux de la nef. Ces dix-huit tableaux délicatement modelés qui décorent le chevet , encadrés chacun dans une ogive trilobée, font honneur à l'artiste Félon qui en a dessiné les cartons. L'exécution du mobilier, boiseries et ouvrages en fer a été confiée à des hommes de choix. La gracieuse chaire à prêcher, œuvre de Hoën Bernard, est particulièrement bien traitée.
On a eu la pieuse pensée de réunir dans la chapelle dédiée aux âmes du Purgatoire, au pied de l'ancien maître autel de l'église des Capucins, les ossements des religieux massacrés en 1790, recueillis au cour des travaux de reconstruction de l'église. Une inscription sur plaque de marbre noir, relate cette translation. En face, est une autre inscription qui se rapporte à la Croix élevée sur la place publique en 1826 et renversée en 1831.
Un ne saurait trop estimer ce bel édifice, dont l'exécution, dirigée, successivement, par les architectes Monsimier et J. Lihourel, a été hérissée de tant de difficultés, et au cours de laquelle l'imprévu a joué un si grand rôle. On peut dire que c'est à l'entrepreneur Granon que revient la plus large part du succès. C'est lui qui est parvenu à dissimuler les points d'appui de la nef percée à jour, et à résoudre tous les problèmes de coupe. Cette précision, ce fini, se rencontrent rarement, aujourd'hui, parmi les bâtisseurs.

D'après l'historien Ménard, les Capucins, dont l'ancien couvent avait été dévasté le 21 décembre 1561, furent rappelés à Nîmes par brevet du roi Louis XIII, le 15 juillet 1629. De là, ils rayonnèrent dans les principales villes du diocèse pour y travailler à la conversion des hérétiques.
Ils établirent leur nouveau couvent sur l'ancien cimetière de l'église Saint-Thomas, en face de la porte de la Couronne, en 1651, et leur église, achevée en juin 1663, fut consacrée à saint Denis, en souvenir de la protection dont l'évêque Denis Cohon les avait toujours favorisés.
- Après l'édit de 1787, favorable au culte de la religion dite réformée, l'église et le couvent des Capucins devinrent l'objet des convoitises des calvinistes. A la suite d'un complot ourdi pendant la Bagarre, on désigne sous ce nom le massacre des catholiques en juin 1790, les émeutiers pénétrèrent à l'intérieur, s'emparèrent de l'église et du couvent qu'ils pillèrent, et massacrèrent plusieurs religieux. Les Capucins échappés à la mort et revenus à leur monastère dévasté, ne pouvant obtenir justice, durent se disperser en mars 1791. L'église conventuelle était destinée à servir de paroisse constitutionnelle, comme cure, suivant décret de l'Assemblée constituante du 5 mai 1791, sous le vocable de Saint -Denis. Pendant la Terreur, et jusqu'au 9 thermidor, elle fut convertie en prison. A la chute de Robespierre, l'église et le couvent renfermaient près de 800 détenus. La nouvelle paroisse sécularisée fut comprise dans le décret de 1802, comme succursale de Saint-Baudile, et classée plus tard, comme simple chapelle, sous le vocable de Sainte-Perpétue et Sainte-Félicité. Par ordonnance royale du 28 février 1821, elle reprit son titré de succursale ; un décret du 11 mai 1822 l'a rétablie en cure de deuxième classe.
Parmi les anciennes chapelles situées sur cette paroisse, il faut nommer :
1° Saint-Jean-de-Jérusalem, non loin de la porte de la Couronne, au voisinage de la Maison de l'Assomption, détruite en 1562 ;
2° La paroisse rurale de Sainte-Perpétue, mentionnée dès l'an 905 et détruite au XVIe siècle ; elle était située sur le chemin qui longe le jardin du Prieuré de l'Assomption.
Parmi les anciens monastères, il faut citer :
1° les Augustins, au-dessous de l'Esplanade, fondé vers l'an 1353, et démoli par les protestants en 1567. À leur rentrée à Nîmes, en 1670, ces religieux s'établirent près de la Maison Carrée qui leur servit d'église jusqu'à la Révolution ;
2° les Ursulines du Petit-Couvent, à côté de l'hôtel du Cheval-Blanc, fondé par Mgr Cohon en 1665, révolutionnairement vendu vers la fin de 1792, après la dispersion des religieuses ;
3° l'Hôpital Saint-Lazare, ou léproserie, situé dans les environs de la Porte-Couverte, entre le chemin de Saint-Gilles et celui de Générac, et qui fonctionnait en 1403. En 1640, Mgr Cohon obtint que les biens de cette fondation fussent réunis à ceux des Ursulines.
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