| La construction de cet édifice s’avéra
longue et semée
d’embûche, le projet initial ne prévoyait qu’une élévation de façade
sur le
devant de l’ancienne église, avec une prévision de dépense de 160 000
frs. Mais
dès le 12 novembre de la même année, l’architecte signalait un défaut
de
proportion entre les travaux neufs autorisés et les parties à conserver
du
vieil édifice, il propose donc d'importantes modifications, ces
dernières sont adoptées
par le conseil municipal un nouveau devis de 260 000frs est
proposé, le
conseil approuve par sa délibération du 17 novembre 1852, les travaux
se
poursuivront sans interruption jusqu’au décès de l’architecte Feuchère
au début
de l’année 1857.
M. Monsimier son collaborateur prend la
direction des
travaux. 230 000 frs avaient été dépensés, mais le bâtiment était à
peine
arrivé au tiers de son élévation, les dépenses son réévalués pour la
somme de
322 000 frs, naturellement lors de la session du Conseil
Municipal de février les édiles se
récrièrent à cette révélation inattendue, le nouvel architecte est
sommé de
justifier ces nouvelles dépenses.
Dans l’intervalle entre la cession de
février à celle de mai
1857, deux commissaires se livrèrent à une étude approfondie des
propositions
de M. Monsimier, le résultat de leur contrôle fut d’élever encore la
prévision
à 357 000 frs, le Conseil municipal approuvera par la
délibération du 27
mai 1857, mais ne pouvant financer cette somme un emprunt deviedra
nécessaire.
L’église s’achèvera sous la direction de
M. Libourel, suite
au décès l’architecte Monsimier.
Seul
l’entrepreneur Granon (*) poursuivra cette œuvre de
bout en bout, jusqu’au 31 juillet 1862, date de la pose de la dernière
pierre disposée
pour recevoir la croix tout en haut de la flèche. Cette croix de 8
mètres de
haut qui pèse 600 kg, est l’œuvre de Marius Nicolas, entrepreneur de
serrurerie
d’art à Nîmes.
(*) Se
succèderont
pendant la construction de
l’église :
- 2 évêques
(Jean-François-Marie Cart, 1838-1855 et Claude-Henri-Augustin
Plantier, 1855-1875).
- 3
architectes
(Léon Feuchère, Monsimier et Libourel).
- 4 maires
(Frédéric Vidal, 1851-1854, Jean Philippe
Pérouse, 1854-1856, Jean Duplan, 1856-1861, Fortuné Paradan, 1861-1865)
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Église
Sainte-Perpétue
Extrait
de "Nîmes
Autrefois Aujourd'hui"
de Théodore Picard, 1901
La
nouvelle église paroissiale de Sainte-Perpétue fut construite de
1852 à 1864, sur les plans de l'architecte Léon Feuchère, au lieu
de l'ancienne chapelle conventuelle des Capucins, érigée en cure,
en 1803, sous le vocable de Sainte Perpétue. Il s'agissait d'abord
d'une simple restauration et d'une façade monumentale à édifier
d'après un dessin exposé en 1850, avec un devis de 130.302 fr. ; la
dépense finale, après trois devis supplérnentaires, a été de
près d'un million : la réfection a été complète. La première
pierre fut posée le 1er octobre 1852, au passage du Prince-Président
dle la République (1), en présence de Mgr Cart. Le 2 février 1864
, Mgr Plantier bénit la nouvelle église ; elle fut solennellement
consacrée le 8 juin suivant, par Mgr Dubreuil, Archevêque
d'Avignon.
Cet
édifice n'appartient à aucun style connu ; il est empreint
néanmoins d'une certaine originalité. C'est un joli monument qui ne
manque ni de grandeur, ni de charme ; mais il pêche par son défaut
de longueur (4I mètres) limité qu'il est a l'Est par la ruelle du
Louvre ; sa largeur est de 22 mètres. Dans le projet primitif, cette
ruelle devait être déplacée, et la longueur portée à 58
mètres. La superficie occupée est de 1050 mètres carrés.
Le
superbe clocher en avant-corps au milieu de la façade, constitue la
décoration essentielle de l'édifice. Il est solidement établi
au-dessus d'un porche de forme ogivale très-surhaussé, sous lequel
s'ouvre la porte principale, et flanqué, jusqu'à la hauteur du
pignon, de deux corps de bâtiments formant contreforts. En avant des
piédroits de ce porche, se détachent deux magnifiques colonnes de
marbre noir, ornées de chapiteaux richement sculptés, supportant un
entablement qui, de même que l'embasement, profile sur toute la
largeur de l'édifice, et sur lequel vient s'appuyer la retombée
d'une large archivolte. Le linteau de la porte principale est
accompagné d'un tympan en bas-relief, représentant la Mère de Dieu
offrant son Fils à l'adoration des Anges; dans le fond, un gable
très aigu, orné d'arabesques et de crochets, surmonte ce tympan et
vient compléter la décoration du porche.
Vers
le haut de la tour carrée qui supporte le clocher, une corniche
saillante, sur mâchicoulis à arcatures ogivales, orne et contourne
la partie supérieure de la façade. La décoration est complétée
par une superbe niche â ogive trilobée, en saillie au-dessus de
l'archivolte du porche, qui abrite une statue colossale du Christ,
œuvre de Félon, montrant d'une main le ciel, et de l'autre, à ses
pieds, le calice de la Rédemption. Ce sculpteur est également
l'auteur des deux statues, Sainte Félicité et Sainte-Perpétue,
martyres, qui ornent la partie médiane de la façade.
Le
clocher proprement dit, de forme quadrangulaire, flanqué de
colonnettes à clochetons dans les angles, se détache au-dessus du
pignon, avec ses deux étages à baies ogivales, couronnés de
frontons. Il est surmonté d'une flèche octogonale en pierre, d'une
très grande hardiesse, ornée de crochets, et couronnée par un
large fleuron aux feuilles épanouies, d'où s'élance, radieuse, à
68 mètres au-dessus du sol, une grande croix en fer, d'un travail
remarquable, de 8 mètres de hauteur, dont 5m dans œuvre.
Un
peu en arrière des contreforts du clocher, aux extrémités de la
façade, s'élèvent deux tourelles à huit pans, terminées chacune
par une courte flèche. Entre ces tourelles et les contreforts,
s'ouvrent les deux portes latérales donnant issue aux bas-côtés.
Elles sont ornées chacune d'un tympan en bas relief, représentant :
celui de gauche, les évangélistes Saint Mathieu et Saint Jean ;
celui de droite, Saint Luc et Saint Marc. La décoration de cette
partie de la façade se termine, de chaque côté, par une fenêtre
ogivale géminée, accompagnée d'un fronton aigu, et terminée par
un acrotère sur lequel se dressent les statues en marbre de deux
anges allégoriques de Bosc. Un magnifique perron de six marches
élève la façade, et contribue à en rehausser la belle structure.
-
Deux petites tourelles octogones terminées par une flèche
fleuronnée, encadrent la façade du chevet. Le mur semi-circulaire
qui le termine correspondant à la nef centrale, est percé de deux
rangs d'arcades ogivales trilobées ; chacune des baies est ornée de
deux meneaux.
L'intérieur
à trois nefs, comprend six travées sans transept ; vient ensuite le
chœur proprement dit, formé de deux petites travées, enfin, le
sanctuaire qui occupe le fond de l'abside en hémicycle ; sur le côté
droit s'ouvre la sacristie. Les absidioles des bas-côtés sont
terminées par des chapelles ajourées par le haut. Les six arcades
intérieures de chaque côté de la grande nef, correspondant aux six
travées, sont de forme ogivale, avec archivolte au-dessus très
surhaussée, simulant une arcature. Chacune de ces arcades est
supportée par un faisceau de quatre colonnettes très sveltes de
Barutel, avec chapiteaux ornés d'arabesques. La nef centrale a une
largeur de 9m30.
-
La décoration intérieure, surtout celle du chœur et de ses
tribunes, rappelle assez les dessins de l'Allambra. Le maître-autel,
en marbre blanc de Carrare, est orné aux extrémités de deux belles
statues d'anges dues au ciseau de Bosc. Les grandes orgues, établies
en encorbellement au-dessus du porche, sont l’œuvre de
Cavaillé-Coll de Paris. C'est la Maison Martin d'Avignon qui a
fourni la délicieuse verrière du fond et les vitraux de la nef. Ces
dix-huit tableaux délicatement modelés qui décorent le chevet
, encadrés chacun dans une ogive trilobée, font honneur à
l'artiste Félon qui en a dessiné les cartons. L'exécution du
mobilier, boiseries et ouvrages en fer a été confiée à des hommes
de choix. La gracieuse chaire à prêcher, œuvre de Hoën Bernard,
est particulièrement bien traitée.
On
a eu la pieuse pensée de réunir dans la chapelle dédiée aux âmes
du Purgatoire, au pied de l'ancien maître autel de l'église des
Capucins, les ossements des religieux massacrés en 1790, recueillis
au cour des travaux de reconstruction de l'église. Une inscription
sur plaque de marbre noir, relate cette translation. En face, est une
autre inscription qui se rapporte à la Croix élevée sur la place
publique en 1826 et renversée en 1831.
Un
ne saurait trop estimer ce bel édifice, dont l'exécution, dirigée,
successivement, par les architectes Monsimier et J. Lihourel, a été
hérissée de tant de difficultés, et au cours de laquelle l'imprévu
a joué un si grand rôle. On peut dire que c'est à l'entrepreneur
Granon que revient la plus large part du succès. C'est lui qui est
parvenu à dissimuler les points d'appui de la nef percée à jour,
et à résoudre tous les problèmes de coupe. Cette précision, ce
fini, se rencontrent rarement, aujourd'hui, parmi les bâtisseurs.
D'après
l'historien Ménard, les Capucins, dont l'ancien couvent avait été
dévasté le 21 décembre 1561, furent rappelés à Nîmes par brevet
du roi Louis XIII, le 15 juillet 1629. De là, ils rayonnèrent dans
les principales villes du diocèse pour y travailler à la conversion
des hérétiques.
Ils
établirent leur nouveau couvent sur l'ancien cimetière de l'église
Saint-Thomas, en face de la porte de la Couronne, en 1651, et leur
église, achevée en juin 1663, fut consacrée à saint Denis, en
souvenir de la protection dont l'évêque Denis Cohon les avait
toujours favorisés.
-
Après l'édit de 1787, favorable au culte de la religion dite
réformée, l'église et le couvent des Capucins devinrent l'objet
des convoitises des calvinistes. A la suite d'un complot ourdi
pendant la Bagarre, on désigne sous ce nom le massacre des
catholiques en juin 1790, les émeutiers pénétrèrent à
l'intérieur, s'emparèrent de l'église et du couvent qu'ils
pillèrent, et massacrèrent plusieurs religieux. Les Capucins
échappés à la mort et revenus à leur monastère dévasté, ne
pouvant obtenir justice, durent se disperser en mars 1791. L'église
conventuelle était destinée à servir de paroisse
constitutionnelle, comme cure, suivant décret de l'Assemblée
constituante du 5 mai 1791, sous le vocable de Saint -Denis. Pendant
la Terreur, et jusqu'au 9 thermidor, elle fut convertie en prison. A
la chute de Robespierre, l'église et le couvent renfermaient
près de 800 détenus. La nouvelle paroisse sécularisée fut
comprise dans le décret de 1802, comme succursale de Saint-Baudile,
et classée plus tard, comme simple chapelle, sous le vocable de
Sainte-Perpétue et Sainte-Félicité. Par ordonnance royale du 28
février 1821, elle reprit son titré de succursale ; un décret du
11 mai 1822 l'a rétablie en cure de deuxième classe.
Parmi
les anciennes chapelles situées sur cette paroisse, il faut nommer :
1°
Saint-Jean-de-Jérusalem, non loin de la porte de la Couronne, au
voisinage de la Maison de l'Assomption, détruite en 1562 ;
2°
La paroisse rurale de Sainte-Perpétue, mentionnée dès l'an 905 et
détruite au XVIe siècle ; elle était située sur le chemin qui
longe le jardin du Prieuré de l'Assomption.
Parmi
les anciens monastères, il faut citer :
1°
les Augustins, au-dessous de l'Esplanade, fondé vers l'an 1353, et
démoli par les protestants en 1567. À leur rentrée à Nîmes, en
1670, ces religieux s'établirent près de la Maison Carrée qui leur
servit d'église jusqu'à la Révolution ;
2°
les Ursulines du Petit-Couvent, à côté de l'hôtel du
Cheval-Blanc, fondé par Mgr Cohon en 1665, révolutionnairement
vendu vers la fin de 1792, après la dispersion des religieuses ;
3°
l'Hôpital Saint-Lazare, ou léproserie, situé dans les environs de
la Porte-Couverte, entre le chemin de Saint-Gilles et celui de
Générac, et qui fonctionnait en 1403. En 1640, Mgr Cohon obtint que
les biens de cette fondation fussent réunis à ceux des Ursulines. -oOo- |