LA TOURMAGNE

Par Albin Michel

Nîmes et ses rues, 1876

 

 

Ce nom vient de Turris magna, pour exprimer la grande tour, d'où l'on a fait Tourmagne, comme par un usage semblable on a dit Charlemagne pour Charles le Grand.

 

De grandes et savantes discussions ne sont élevées à diverses époques Par l'antique destination de cette tour qui domine la ville et la campagne voisine, et qui est pour le Nîmois ce que le clocher est au villageois. Les auteurs les plus instruits ont voulu lui assigner un mage extraordinaire en rejetant toujours les idées les plus simples et les plue vraisemblables.

 

Guillaume Bigot, professeur au collège des Arts à Nîmes, écrivait, en 1548, que cette tour était un mausolée des rois du pays. Grasser, Mattey et Guiran ont successivement adopté cette opinion ; plusieurs antiquaires ont prétendu que la Tour-Magne était un phare destiné à éclairer les vaisseaux qui n'approchaient de Nîmes, dont leur imagination faisait une ville maritime ; d'autres ont pensé que ce monument servait de dépôt pour le trésor de la colonie.

 

Rullman veut qu'il ait été construit par Adrien pour l'apothéose de Plotine, et Astruc que ce soit un temple bâti par les Gaulois.

 

Quant à moi, je pense avec d'autres archéologues, que la Tourmagne construite sur le plateau le plus élevé de ceux qui entourent la ville, dominant toutes les compagnes environnantes était la principale tour de la ville, communiquant avec l'enceinte fouillée par une série d'arceaux dont an voit encore dos vestiges, et qu'elle était principalement destinée à observer tout ce qui se passait an dehors pour en donner avis aux 24 bourgs dépendant de la colonie au moyen de signaux.

 

Cette opinion est fondée sur la situation de cet édifice dans un angle rentrant et en dedans des murailles, sur sa grande hauteur, inutile pour tout autre usage, sur la disposition de la plate-forme supérieure objet principal de son établissement, et enfin sur l'attention toute particulière que donnaient les Romains à la défense de leurs nouvelles colonies souvent exposées à des dangers imprévus de la part des peuples voisins toujours impatiente du joug que ces colonies venaient leur, imposer.

 

La tour antique de Bellegarde construite sur le plateau le plus élevé entre Nîmes et Arles, devait servir à la correspondance des signaux entre ces deux villes au moyen de feux.

 

La Tourmagne a une hauteur de 35 mètres 80 centimètres depuis sa base du côté de l'est jusqu'au couronnement de l'attique dont douze mètres pour la hauteur du soubassement jusqu'au niveau des murailles, six mètres 70 c. pour les deux soubassements du premier étage, 6 m. 80 pour le premier ordre, 6 m. 10 pour le second et 2 m. 20 pour l'attique.

 

Sa largeur hors-d’œuvre est de 20 mètres au niveau du soubassement et au-dessus du dernier sole ; de 15 m. 60 au niveau des deux soubassements supérieurs formant la base du premier ordre, de 15 m. 20 au niveau du premier ordre, de 14 m. 80 au niveau du douzième ordre et de 14 m. 20 au niveau de l'attique servant de couronnement.

 

C'est en 1843 que, pour consolider le monument, un immense pilier servant d'escalier a été construit sous la direction de M. Révoil, qui a fait une restauration des parties de la tour menaçant raine.

 

La grande excavation de terre qui se trouve dans l'intérieur est due au jardinier Traucat ainsi que nous l'expliquerons lorsque nous, serons à la rue qui porte le nom de ce pépiniériste.

 

Ménard fait remonter la construction de la Tourmagne à l'an 27 avant Jésus-Christ, c'est-à-dire à l'époque où Auguste donna des portes et des murailles à la ville de Nîmes. Charles-Martel fut un des premiers qui commença à détruire cette tour pour se venger des Sarrasins. Elle servait cependant encore de forteresse au XIIe siècle, et fut au nombre des châteaux et forteresses que Bernard-Aton VI, vicomte de Nîmes, remit à Alphonse II, roi d'Aragon, et reprit de lui en fief par la ligue qu'il fit avec ce prince à Béziers, au mois d'octobre 1197 contre Raimond V, comte de Toulouse.

 

Sous le règne de Charles VI et de Charles VII, la Tourmagne servit à la défense de la ville pendant les troubles des Anglais. Le duc de Rohan la fortifia an XIIe siècle en y ajoutant différents ouvrages qui furent détruits à la paix de 1829.

 

ARTICLES SUR LA TOURMAGNE DE NÎMES
> La Tourmagne H. Gautier, 1724
> La Tourmagne, par Alexandre de Mège, 1840
> La Tourmagne Germer-Durand, 1868
> La Tourmagne Albin Michel, 1876
> La Tourmagne Emile Espérandieu, 1927

 

Albin Michel

 

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