LA  TOURMAGNE.

Alexandre de Mège.

Histoire Générale du Languedoc, 1840.

 

 

On a attribué à la Tourmagne différentes destinations. En 1548 Guillaume Bigot écrivait que cette tour était un mausolée des rois du pays. Cette opinion à été adoptée successivement par Grasser, et par quelques-uns autres. Quelques antiquaires ont voulu reconnaître dans la Tour-Magne un phare destiné à éclairer les vaisseaux qui s’approchaient de la côte, bien que Nîmes soit bâtie à plusieurs lieux de la mer. Plusieurs ont cru aussi que cette tour était le dépôt du trésor de la colonie. Rulman y reconnaissait à cause de sa forme, un cénotaphe construit pour l’apothéose de Platine.

 

Astruc en fait un temple gaulois. M. Grangint (monuments antiques du midi de la France) y voit la principale tour de la ville, uniquement destinée à observer tout ce qui se passait au dehors, pour en donner avis, au moyen de signaux, aux vingt-quatre bourgs dépendant de la colonie. La Tour-Magne dont le nom vient de Turris Magna, est bâtie sur le coteau élevé qui domine la source de la fontaine. Son plan forme un hexagone irrégulier, tandis que celui des étages supérieur est un octogone parfait.

 

L’extérieur offre deux ordres. Au-dessus d’un premier soubassement, on en trouve deux autres. Le premier ordre a sur chaque face, quatre pilastres doriques couronnés d’un entablement au-dessus duquel s’élève un second ordre orné dans le gente Toscan. On montait sur la première plate-forme par un escalier extérieur. Puis on trouvait l’entrée de la tour, et un escalier qui par neufs révolutions, et autant de paliers, parvenait à la terrasse supérieure.

 

La tour qui aujourd’hui selon notre méthode barbare d’employer les anciens monuments à des usages modernes, est couronnée d’un télégraphe, à 33 mètres 80 centimètres en comptant de sa base, du côté de l’est, jusqu’au couronnement de l’attique, savoir 12 mètres pour la hauteur du soubassement jusqu’au niveau des murailles, 6 mètres 70 centimètres pour les deux soubassements du premier étage, 6 mètres 80 centimètres pour le premier ordre, 6 mètres 20 centimètres pour l’attique. Sa largeur hors d’œuvre, est de 20 mètres au niveau des deux soubassements supérieurs formant la base du premier ordre, de 15 mètres 20 centimètres au niveau de ce premier ordre, de 1 mètres 20 centimètres au niveau du second ordre, et de 14 mètres 20 centimètres au niveau de l’attaque servant de Couronnement.

 

M. Auguste Pelet dans son : « Essai sur la Tour-Magne Mémoire de la société Royale des Antiquaires de France, III, 2 série 104. »,croit que cette tour n’a jamais fait partie des fortifications de Nîmes, ce que sa forme et ses ornements architecturaux indiquent assez. Il croit que sa construction est antérieure aux murs d’enceintes de la ville. Il rapporte l’opinion d’Astruc « Mémoires pour servir à l’histoire du Languedoc, 441 », qui voit dans cette tour un ouvrage gaulois fait sous la direction des Grecs de Marseille.

 

Il ne faut pas sans doute adopter cette opinion, et selon mes remarques ce monument serait même postérieur à la construction des murs de Nîmes. Mais on reconnaîtra aisément en lui un mausolée honoraire, cénotaphe, presque semblable à ceux qu’on voit sur les revers de plusieurs médailles de consécration, et tel que Hérodièn décrit les mausolées qu’on dressait lors des funérailles des empereurs. Au-dessus du premier étage il y a un a autre plus petit et qui a des portes ouvertes, sur celui-là; il y en a un autre, et sur celui-ci un autre encore. C’est à dire jusqu’à trois et quatre dont les plus hauts sont toujours de moindre dimensions que les plus bas, de sorte que le plus élevé, est le plus petit de tous, semblables à ces tours qu’on voit sur les ports et qu’on nomma phares, où l’on met des feux pour éclairer les vaisseaux et leur donner moyen de se retirer en lieu sûr.

 

M. Auguste Pelet dit, avec raison : N’est pas là en quelque sorte la description de notre Tour-Magne ? On peut donc croire que ce monument a été élevé sur le point le plus culminant de la ville, pour honorer un grand personnage. Déjà Rulman y avait vu un cénotaphe dédié à platine. Peut-être a-t’il été consacré à Auguste auquel on doit, comme on va le voir, la construction des murs et des portes de la colonie de Nîmes. 

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Iconographies de la Tourmagne à différentes époques
collection nemausensis
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La Tourmagne, dessins extraits du catalogue Clérisseau, 1804

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ARTICLES SUR LA TOURMAGNE DE NÎMES
> La Tourmagne H. Gautier, 1724
> La Tourmagne, par Alexandre de Mège, 1840
> La Tourmagne Germer-Durand, 1868
> La Tourmagne Albin Michel, 1876
> La Tourmagne Emile Espérandieu, 1927

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