LES ARENES DE NÎMES

Par Albin Michel

Nîmes et ses rues, 1876

 

 

Je n'entreprendrai pas ici de donner une description des Arènes, et je me contenterai de renvoyer le lecteur aux ouvrages spéciaux qui ont été publiés et dont le plus complet est jusqu'à présent celui du savant et regretté M. Auguste Pellet ; on y trouvera les détails les plus minutieux et les plus intéressants. Je me bornerai donc à quelques considérations générales qui donneront une idée de ce qu'était autrefois ce monument avant qu'il eût été dégagé et séparé.

 

Il résulte des diverses études faites sur ce monument que l'empereur Adrien en fut le premier architecte l'an 119 de l'ère chrétienne et Antonin dut le continuer ; son inauguration peut être fixée à l'année 138. Servant successivement aux jeux publics ou abandonné selon les invasions de toute nature qui ont ensanglanté et agité les premières années de l'ère chrétienne, il a résisté à tous les assauts du temps et des hommes.

 

Wamba, roi des Wisigoth assiège Nîmes et s'empare des Arènes.

 

En 472, les Wisigoths étant maîtres de la Narbonnaise entourèrent l'amphithéâtre d'un vaste fossé pour en faire une forteresse dans laquelle ils construisirent quelques maisons ; ils élevèrent du côté de la porte orientale deux tours carrées qui n'ont été démolies qu'en 1809, l'une était plus grande que l'autre. En 1809 on les appelait encore tours wisigothes ; la plus basse a servi de chapelle sous l'invocation de Saint-Martin.

 

Cette nouvelle citadelle fut appelée Castrum Arenarum. Les Sarrazins s'étant emparés de la contrée en 737, Charles Martel, maire du palais, vint les assiéger et essaya de briller le monument ; la couleur noire que l'on remarque du côté dû Nord provient, dit-on, de cette tentative.

 

En 1100, la garde des Arènes fut confiée à des chevaliers qui formaient un ordre spécial ayant ses consuls particuliers et ses privilèges.

 

En 1278, le fossé qui entourait les Arènes fut comblé par ordre de Philippe le Hardi, mais les chevaliers conservèrent la garde des Arènes jusqu’à la fin du XIVe siècle, époque à laquelle fut construit par Charles VII un nouveau château fort à la Porte d'Auguste.  

 

Château de la Porte Auguste construit en 1391

 

Les chevaliers abandonnèrent alors leurs maisons, le peuple s'en empara et l'on vit s'élever pour ainsi dire un village dont la population était au moins de 2,000 âmes. Ces habitations formant ce qu'on appelait le quartier des Arènes, subsistaient encore en 1809, époque à laquelle par les soins de M. d'Alphonse, préfet du Gard, on opéra l'entier déblaiement de l'amphithéâtre. M. Edmond Foulc vient de faire hommage à la ville d'un certain nombre de pierres provenant de la chapelle des Arènes ; ces pierres sculptées an couteau portent des inscriptions, des basons et des scènes de la passion on peut les voir dans le vestibule du Musée Gower où elles ont été provisoirement déposées.

 

Cette chapelle était desservie par un prêtre qui se qualifiait prieur ; ses biens consistaient en une maison dans l'enceinte du monument. Un plan que j'ai trouvé dans les archives de la ville m'a permis de reconstituer l'intérieur des Arènes avec ses rues, ses places, le nom et la profession de la plupart de ses habitants.

 

Après que les fossés des Arènes eurent été comblés, des maisons vinrent se grouper sur cet emplacement et en certains endroits l'espace qui les séparait du monument était tellement étroit que c'est à peine si un tomme pouvait y passer. Il y avait à peu près vis-à-vis l'endroit où finit aujourd'hui la rue ales Arènes l'auberge de la Mule qui servait de corps de garde aux vélites pour surveiller la population interlope vivant dans ces mauvais quartiers, rendez-vous de tous les vagabonds.

 

Du temps de Ménard, cette rue s'appelait rue de l'Hôtellerie. A son extrémité, la rue montait par une rampe jusqu'à la hauteur du premier étage des Arènes. Un escalier de quelques marches permettait de descendre dans la ruelle où se trouvaient la prison et la chapelle des conseillers et le palais de justice, mais l'accès de cette rue n'était possible que pour les piétons.

 

Vis-à-vis la porte latérale actuelle du palais de justice faisant face au couchant, se trouvait une ruelle fermée à ses deux issues par un arceau et conduisant à la salle de la Comédie appartenant à M. Lecointe, gérée en 1788 par un nommé Boissier.

 

Aujourd'hui un vaste boulevard et une grande place entourent le monument et lui permettent ainsi de se dégager dans tonte sa splendeur et de faire l'admiration des étrangers.

 

Les seuls amphithéâtres dont il reste encore des ruines sont après Nîmes ceux de Puzzole, du Colisée de Rome, de Capoue, de Vérone, de Pola, d'Arles, de Pompeï, d'El-Djem et de Taragone; celui de Nîmes est sans contredit le mieux conservé.

 

L'amphithéâtre d'Arles fut probablement construit dans la période de Dioclétien â Constantin, c'est-à-dire de l'an 275 de Jésus-Christ à 337, à une époque de décadence, car si les défauts de construction que présentent les Arènes de Nîmes ne s'y rencontrent pas, d'un autre côté, on n'y voit ras la forme élégante des arcades extérieures; la voûte principale de la galerie du rez-de-chaussée qui est si belle à Nîmes, est remplacée à Arles par un simple plafond et l'ensemble du monument est moins bien conservé, la qualité des matériaux employés étant inférieure. 

 

Albin Michel, 1876

 

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Les  Arènes de Nîmes avec NEMAUSENSIS
> L'amphithéâtre de Nîmes par Auguste Pellet, 1838
> Les Arènes, par Alexandre de Mège, 1840
> Les Arènes, rapport de fouilles de Henri Révoil, 1868
> Les Arènes, description de Eugène Germer-Durand, 1868
> Les Arènes, par Albin Michel, 1876
> Chateau des Arènes du Ve au XIIIe siècle Michel Jouve, 1901
> Quelques détails sur les Arènes, par le chanoine François Durand, 1907
> Les Arènes, L'Amphithéâtre par J. Charles Roux, 1908
> Les Arènes, Les souterrains des Arènes, Félix Mazauric, 1910
> Les Arènes, Le rempart et le Château des Arènes, Igolen 1934
> Diaporama des fouilles en 1987
Tour des Arènes à travers un siècle d'iconographies 

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