LE PONT DU GARD 

 de Artozoul - 1898.


A vingt et un kilomètres environ de Nîmes et d'Avignon, et à trois kilomètres de Remoulins, dans la pittoresque vallée du Gardon, s'élève un aqueduc antique, connu sous le nom de Pont du Gard, son écrasante majesté étonne les touristes et frappe leur imagination par sa hardiesse et sa légèreté.

 

C'est un des vestiges heureusement épargnés de la domination gallo-romaine, génitrice de la France latine, et qui font du cœur de notre Provence, pour employer les expressions heureuses dont se sert Paul Mariéton dans la Terre Provençale, une terre d'éducation analogue aux seules ruines de Sicile et d'Athènes, mais plus féconde qu'elles en pensées fortes et vivantes, pour n'être pas irréparablement dominée par la mélancolie de la mort.

 

Cet édifice qui mesure 48m77 de haut sur 273 mètres de long et que l'on dirait n'avoir été créé que pour l'enchantement de la vue, encadré par une vallée à l'évasement harmonieux, se compose de trois étages d'arcades superposées, à plein cintre.

 

 

Le premier rang ou premier pont dit bas, constitué par six arcs, a 20m12 de hauteur; c'est sous l'avant-dernier que passe ordinairement le courant qui ne s'étend sous les autres que lors des crues ; le deuxième rang, comprenant onze arcs, a également 20 mètres de haut ; le troisième rang, dont les arcs sont infiniment plus petits ( puisque quatre se trouvent compris dans l'étendue d'un seul de ceux de l'étage inférieur ), est composé de trente-sept arcades 4m80 de diamètre et a une hauteur de 8m55.

 

C'est sur ce troisième étage que passe le canal ou aqueduc pour lequel cette prodigieuse construction a été exécutée. Le canal n'a que 1m22 de largeur sur 1m85 de hauteur dans œuvre. Ses murs ont une épaisseur de 0m8344 en vue d'empêcher les infiltrations ; il est recouvert avec des dalles superposées, d'une épaisseur de 0m33 sur 1 mètre de large et partant d'un mur à l'autre, en sorte que leur longueur est de 3m64 débordant en ce sens sur les parois extérieures.

 

Les parois intérieures du canal sont revêtues, comme les joints, d'une couche de 0m082 de ciment ; le ciment lui-même était préservé de l'eau par une couche de peinture ou bol rouge. Le fond de l'aqueduc est un blocage de petites pierres, de chaux et de gravier sur une hauteur de 0m22 formant une couche d'excellent mortier.

 

On peut le visiter aisément et le parcourir sur toute son étendue il y est accédé soit du côté du midi, par le talus boisé sur lequel il s'appuie ; soit du côté du nord, par un escalier à vis construit, dans nos temps modernes, contre son entrée.

 

L'eau a laissé contre les murs un dépôt de calcaire qui atteint parfois, sur chacune des parois latérales, l'énorme et surprenante épaisseur de 0m30. En admettant, d'après M. Charvet, le fonctionnement de l'aqueduc pendant quatre cents ans, le dépôt de calcaire annuel peut être évalué à trois quarts de millimètre.

 

Notre regretté et savant ami Rochetin a, dans une étude très intéressante, fait la monographie du Pont du Gard, il y a condensé tous les documents et renseignements se rapportant plus particulièrement à la construction de ce monument. Aussi nous permettons-nous de citer par extraits cette partie de son étude absolument technique :

 

La pierre qui a servi à la construction du Pont du Gard appartient au calcaire que les géologues ont appelé vulgairement molasse coquillière ; c'est un calcaire tendre, facile à tailler, sur lequel les gelées n'ont aucune prise, qui durcit plutôt par l'effet du temps et d'un grain très grossier, criblé de petits trous remplis d'une argile ocreuse, jaunâtre, et de débris de coquilles fossiles. Il en existe d'importants dépôts près des villages de Vers et de Castillon, et dans le voisinage immédiat du Pont du Gard.

 

Toutes les pierres qui en font partie ont été extraites d'une carrière distante du monument de 600 à 700 mètres seulement en aval, sur la rive gauche du Gardon. On y accède par un sentier en petite, à la suite dix jardin potager dépendant de la bégude Raymond, on y remarque, à droite, à l'arrivée, déposée en haut du rocher et toute taillée, une des pierres de grand appareil qu'on avait l'intention d'employer à la construction des piles et qui a été laissée sur place, peut-être parce qu'elle était défectueuse. Il s'y trouve aussi un petit réduit triangulaire, entièrement taillé dans le roc, avec une cheminée sur l'un des côtés, destiné, en cas de mauvais temps, à servir de refuge aux ouvriers et à mettre leurs outils à l'abri. Le Gardon coule auprès de ces carrières abandonnées, et c'est de là probablement, comme l'a supposé Émilien Dumas, qu'au moyen de radeaux, les matériaux étaient transportés à pied d'œuvre.

 

Ce monument appartient par son architecture à l'ordre toscan. Alors que le troisième rang d*arcades supportant la cuvette de l'aqueduc est bâti, piles et cintres en moyen appareil, les deux premiers rangs ont été construits en très grand appareil romain. Les pierres de taille de leurs piles ne mesurent pas moins de 2m60 de large, occupant en ce sens toute la dimension de la pile, sur 2m65 de loir, et 0m57 de haut. Elles ont été posées sans mortier ni ciment et admirablement jointée. Au dire de Chateaubriand et de Caumont, cette perfection dans les joints a été obtenue ainsi :

 

Après avoir amené les pierres à leur plus juste coupe avec le ciseau, elles étaient promenées légèrement les unes sur les autres, de façon à rendre la surface parfaitement lisse ; ce qui aidait à l'usure des pierres et à leur cohésion finale était la poussière même résultant du frottement et liée avec l'eau que l'on faisait couler entre elles au cours de l'opération. Ces pierres ont des parements à bossages et une ciselure à leurs joints. Les pleins cintres des arches sont formés, pour le premier pont, par quatre tranches d'arcs-doubleaux juxtaposés, par trois tranches pour le second et pour le troisième, tantôt par une, tantôt par deux tranches.

 

La naissance des cintres des arcades repose sur une imposte en forme de cimaise de 0m50 environ de haut et de relief. Les retombées de ces arcades sont garnies de deux assises de pierres de taille, qui ressortent en formant corbeaux et supportent les voussoirs. Les piles du premier rang sont munies d'avant-becs destinés, lors des grandes crues, à atténuer la force du courant en divisant l'eau. Contre les piles et sur le tympan des arcades du second rang sont, à différents niveaux, des pierres en saillie. Beaucoup d'antiquaires n'ont pu les expliquer; Ménard pense qu'elles ont servi à supporter les échafaudages des ouvriers. On aurait pu, l'œuvre terminée, les faire disparaître, car elles nuisent à l'aspect de l'édifice, mais elles paraissent avoir été conservées, d'après Mérimée, pour le cas où des réparations seraient devenues nécessaires.

 

Selon Grangent et Durand, "l'on ne sait ce que l'on doit le plus admirer, des dimensions des pierres ou de la précision de la taille de leurs lits et de leurs joints." Le milieu de chaque pierre est encore brut et dès lors en relief sur chaque ciselure, ce qui fait croire à plusieurs antiquaires que les pierres portaient des bossages. Les Romains, jaloux de jouir de leurs établissements publics le plus promptement possible, s'occupaient d'abord de la construction des masses et ajournaient parfois l'exécution des détails, des ornements extérieurs et dés profils d'architecture. C'est pour faciliter la taille des parements et la sculpture des cimaises que les Romains ont laissé les corbeaux en pierres saillantes que l'on remarque à diverses hauteurs. Ces corbeaux ont servi à l'établissement des échafaudages nécessaires à la construction successive du pont."

 

Il existe sur l'un des voussoirs du troisième arc du deuxième étage, du côté de l'orient, un phallus sculpté en bas-relief ; il comprend trois autres phallus plus petits, mais distincts. Ce dessin priapique présente à distance l'aspect d'un lièvre, le premier, en avant, simule le cou et la tète, le second, en arrière, la queue de l'animal, et les deux autres surmontant le premier, ses oreilles. A en croire certains archéologues, deux autres emblèmes phalliques seraient représentés sur le pont du Gard ; l'un d'eux se trouve au couchant, sur le tympan de l'arche qui vient après celle où passe le chemin de Saint-Privat. Quant à l'autre, il est peut-être caché, au dire de Charvet, sous les maçonneries du pont moderne adossé au monument par l'ingénieur Pitot, en 1745.

Vue en coupe du pont Pitot adossé au pont antique.  (Dessin extrait de l'album de Clérisseau, 1804)

 

On y voit encore, d'après Gauthier, une image à demi-relief de la déesse Isis voilée ; elle est placée dans la voûte de l'arc principal du bas où passe le Gardon. Il y a aussi un phallus simple du côté du château de Saint-Privat, sur le pilier de l'arc où passe la route, à droite ; les habitants du pays l'appellent la destrau, la luche, à cause de sa forme.

 

Le Pont du Gard doit être surtout regardé du côté du couchant ; il a en effet revêtu de ce côté une jolie couleur d'or qui prend, surtout dans la partie supérieure, la magnifique teinte feuille morte à raison des petits dépôts d'argile jaunâtre que renferment les grains de la pierre lavée par les pluies.

 

Mérimée est l'un des rares auteurs qui aient osé formuler des critiques contre le pont du Gard :

 

« Les arches notamment, dit-il, sont d'inégal diamètre… la plus grande placée à côté de la plus petite. »

 

Le Dictionnaire de Larousse répond ainsi à cette objection :

 

 

Gravure de Clérisseau, 1804  [agrandir]

 

"Pour bien saisir la symétrie de ce monument il faut savoir que le milieu architectural n'en est pas le milieu réel, mais qu'il se trouve placé, eu conséquence du cours dit Gardon, vers la seconde arche septentrionale du premier pont. Cette arche, sous laquelle coule le Gardon, a 25m30 d'ouverture; les deux qui lui sont contiguës ont 19m20 et les deux autres 15m75 seulement. Au second étage, l'arcade qui se trouve au-dessus de la grande arche du premier pont est plus large que les autres ; elle supporte quatre arceaux du troisième étage, tandis que les autres n'en soutiennent que trois. Ainsi toutes les arcades du pont sont d'inégales grandeurs et paraissent telles quand ou les regarde l'une à côté de l'autre; mais en portant son attention sur le milieu architectural de l'édifice, on en remarquera. la symétrie."

 

Voici, au-surplus, l'opinion de Grangent et Durand sur ce point : 

"La grande arche du premier étage sous laquelle passe exclusivement la rivière est accompagnée de chaque côté au premier et au second étage de trois arcs d'un plus petit diamètre, à la suite desquels on en trouve trois autres d'un plus petit diamètre.

Cette différence dans le diamètre des arches des premier et deuxième rangs a mis les Romains dans la nécessité d'établir à des niveaux nécessairement plus élevés les naissances des arcs plus petits ; parce qu'il était indispensable pour la régularité dit coup d'œil de faire arriver les extrados à la même hauteur au-dessous de la cimaise du couronnement de chaque étage, aussi la petite cimaise, au-dessus des pieds-droits qui supportent des arcs inégaux, se trouve-t-elle placée immédiatement sous le premier voussoir des naissances de chaque arceau ; la grande arche du centre a 24m52 de diamètre, les trois de chaque côté ont 19m20 et enfin les plus petites, à la suite, ont 15m55 d'ouverture.

Les pieds-droits du premier et du deuxième rangs ont tous 4m55 de largeur sur les faces du monument ; celle des pieds-droits du troisième rang varie suivant le diamètre des arcs de l'étage inférieur. (Trois sont établies au-dessous de tous les autres arcs, à l'exception du premier à l'extrémité du monument sur la rive gauche ; celui-ci n'en porte que deux au troisième étage.) Tous les diamètres des arcs plus élevés étant égaux, il s'ensuit que les différentes ouvertures des arcs inférieurs sont rachetées par la plus grande ou la plus petite largeur des pieds droits du troisième rang.

Nous devons faire observer ici que la plus grande arche au centre de l'ordonnance générale, ainsi que la première du deuxième étage sur la rivière supportent seules un pieddroit au-dessus de la clef, tandis que sur tout le reste de la longueur du monument, le milieu d'un arc du troisième rang correspond toujours au milieu de l'arc inférieur. Les Romains ont préféré placer un pied droit perpendiculaire sur la clef du grand arc, plutôt que de suivre une division qui eût donné un caractère lourd à cette portion du troisième étage en détruisant la belle harmonie et l'étonnante légèreté de ce grand monument. Le même motif d'harmonie dans le bel ensemble du Pont du Gard et sa liaison avec l'aqueduc immédiatement à la suite du côté de Vers ont déterminé les Romains à ne placer que deux ares au-dessus de la première arche du deuxième étage sur la rive gauche. En effet, par cette division, ils ont obtenu des pieds-droits plus larges et par conséquent plus d'accord avec ceux à la suite du pont qui soutiennent l'aqueduc sur la crête du coteau de Vers, sur une longueur de plus de 3000 mètres.

Les derniers arcs ont le même diamètre que ceux du troisième rang du pont, lorsque leurs pieds-droits ont souvent 4m50 de haut, suivant l'abaissement du coteau dans certaines parties : ils n'eussent eu ni grâce, ni solidité, si on leur avait donné une largeur relative à leur élévation, et cette largeur eût été ridicule, si elle se fût trouvée immédiatement à côté des plus petits pieds-droits du troisième étage du pont.

 Cet inconvénient existerait si l'architecte avait établi trois arcs au-dessus du premier de la rive gauche du deuxième étage, comme il l'a pratiqué sur les arcs correspondant de la rive opposée, dont le diamètre est le même. Mais ici l'aqueduc devenant souterrain de suite après le pont on n'avait point à craindre comme de l'autre côté la comparaison de la différence subite et considérable dans les dimensions des pieds-droits, tandis que par l'heureuse division adoptée, l'œil s'accoutume à l'augmentation progressive de la largeur des pieds-droits, sans nuire à l'ensemble du pont, ainsi lié avec beaucoup d'art il la partie de l'aqueduc établie sur le coteau de Vers.

L'effet produit par de semblables combinaisons et par l'heureuse harmonie des détails ajoute encore à notre admiration, à l'aspect de ce monument plus haut d'un côté, plus bas de l'autre, dont les pieds-droits sont plus ou moins élevés. L'appareil du Pont du Gard est dans une harmonie parfaite avec ses dimensions colossales."

 

Dès les débuts de son existence, la ville de Nîmes était amplement approvisionnée avec les eaux de sa Fontaine; mais la colonie s'étant accrue et les quartiers des collines s'était peuplés, le débit devint insuffisant au point que les édiles se mirent à la recherche d'eaux étrangères. Les Romains, ne connaissant pas de moyen hydraulique pour faire monter l'eau, étaient obligés de prendre des eaux de sources plus élevées que la ville qu'il s'agissait d'approvisionner et de leur faire suivre, leur destination, la petite naturelle du sol. Aussi leur choix, se porta-t-il sur les sources d'Airan et d'Eure, qui sortent de terre dans les environs d'Uzès, la première un peu plus au nord près le village de Saint-Quentin la poterie, la seconde au-dessous même de cette ville.

 

En vue sans doute d'avoir des eaux plus fraîches et plus pures, les Romains voulurent recueillir ces deux sources à leur point de départ ; afin d'éviter l'important massif néocomien qui s'étend en largeur, des bords du Gardon au midi d'Uzès, jusqu'à Nîmes, et qui empêchait les eaux de la fontaine d'Eure d'être conduites directement dans cette ville, les Romains les tirent passer par le Pont du Gard et Lafoux, où se termine, au levant, ce massif montagneux qu'elles durent contourner l'aqueduc reçut ainsi un développement d'une cinquantaine de kilomètres, double de celui qu'il aurait eu s'il avait suivi la ligne droite.

 

Cet aqueduc parcourait d'abord du nord au midi le vallon de l'Eure, longeant ensuite du couchant au levant celui de l'Alzon, et après avoir passé au-dessous de Saint-Maximin et au-dessus de Vers, il traversait un peu plus loin le Gardon sur le Pont du Gard il s'appuyait contre les rochers bordant la rive droite de la rivière, en aval, puis les contournant à Lafoux, il s'avançait jusqu'à Lédenon, passait à Saint-Bonnet, Sernhac, Bezouce et Saint-Gervasi, et s'appuyait aux flancs des coteaux de Marguerittes ; après avoir bordé en arc de cercle les garrigues qui s'arrondissent au-dessus de Nîmes, il venait déverser ses eaux partie dans le château d'eau encore subsistant rue de la Lampèze, partie dans un autre bassin découvert près de la Fontaine, d'où elles étaient distribuées, au moyen de tuyaux en plomb, dans les différents quartiers de la ville.

 

Tels sont les renseignements donnés par Ménard, à l'aide des vestiges retrouvés sur le parcours de l'aqueduc.

 

A qui revient I'honneur de sa construction ? On pourrait avec probabilité, sur le témoignage de Strabon, l'attribuer à Agrippa, gendre et ministre de l'empereur Auguste. En effet, en I'an 735 de Rome (19 av. J.-C.), Agrippa fut chargé par ce prince de venir régler les affaires et apaiser les mouvements des Gaules.

 

On sait que pendant son séjour, il embellit ces contrées de quatre grandes voies qui les traversaient et qui en firent un des plus grands ornements. Il ne négligea pas sans doute de les accompagner d'aqueducs, qui ont toujours fait partie des grands chemins. Aussi ses soins et son zèle pour le bien publie sur ce dernier objet lui valurent-ils dans Rome le glorieux titre de : curator perpetuus aquarum.

 

Il était donc bien juste qu'Agrippa s'attachât plus particulièrement à l'avantage et à l'utilité d'une colonie établie par Auguste. En tout cas, on n'a trouvé sur le monument, ni sur les tuyaux de distribution de la ville de Nîmes aucun nom autre que celui de Véranius, qui, écrit en caractères antiques de 0m15 de hauteur, se lit très distinctement sur la face intérieure et septentrionale du quinzième voussoir de l'arc doubleau central de la huitième arche du second rang, comptée à partir de la rive droite. Comme les auteurs de l'Histoire du Languedoc, nous pensons que c'est tout simplement le nom de l'architecte de l'aqueduc.



RECTIFICATIF
Dans ce texte, la datation du Pont du Gard date de 1898. Cette hypothèse d'une construction à l'initiative d'Agrippa (vers 19 av. n. è.) doit être abandonnée. On distingue désormais, à partir du milieu du 1er s. de n. è., date de construction retenue, quatre phases majeures : une période de réglage, un temps de fonctionnement optimal, des dégradations et consolidations, un essai de réhabilitation et l'on place l'abandon, non pas à l'époque carolingienne, mais plutôt au VIe s. de n. è. lors de la partition de la région entre Francs et visigots.
ref : "L'aqueduc de Nîmes et le Pont du Gard", page 14, ouvrage publié par le Conseil général du Gard avec le concours du Ministère de la Culture, 1991.



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A l'époque romaine, d'après Charvet, les piétons franchissaient le Pont du Gard, soit en suivant le dallage de 3m64 de largeur qui couronne le monument, soit en utilisant la marge de 1m07 comprise entre la face extérieure des pieds-droits des arches du second rang et le bord extrême de la cimaise qui surmonte les arches du premier. On rejoignait par un sentier la voie de Nîmes à Alba, près de Lafoux.

 

Au moyen âge. Poursuit-il, le Pont du Gard devint un lieu de passage important, à raison de sa proximité de Beaucaire où avait lieu une foire très réputée et très courue. Les piétons seuls devaient passer de la façon que nous avons indiquée ; le péage produisait en 1295, époque où il fut cédé par Philippe-le-Bel à Raymond-Gaucelin II, seigneur d'Uzès, en échange de la baronnie de Lunel, 25 livres par an. (soit 2820 francs) Au XVIe siècle, après l'établissement de la papauté à Avignon, le péage doubla et fut affermé à un juif converti au prix de 55 livres (6204 francs).

 

Le Pont du Gard par Jean Poldo d'Albenas, 1560

 

Plus tard, le passage des bêtes de somme ayant été autorisé sur le Pont du Gard, on échancra les piles du second rang et on ajouta des parapets avec encorbellements. En effet, on lit dans le Discours historial de l'antique et illustre cité de Nismes composé en 1557 par le conseiller au Présidial de cette ville, Jean Poldo d'Albenas : Puisque nous avons fait mention du Pont du Gard, faut entendre qu'il sert à présent de pont, principalement le premier estage, lequel a esté entrecoupé et les pilastres sont éberchez d'un costé, tellement qu'un mulety peut passer tout chargé ; et ce a esté fait pour la commodité des gens du païs et pour abréger le chemin de deux lieues ou environ.

C'est donc par erreur que ce regrettable remaniement du Pont du Gard a été attribué au duc de Rohan, devenu chef des calvinistes, pour faire passer plus commodément son matériel de guerre et le conduire à Nîmes.

 

Le péage du Pont du Gard, après avoir passé aux évêques d'Uzès, fut attribué, sur la fin du XVIe siècle, pour le cinquième aux Farets, seigneurs de Vers et de Saint-Privat, et pour le reste à ceux de Collias. Les échancrures pratiquées aux piliers du second rang avant 1557 avaient eu pour effet d'ébranler le monument, dont la masse supérieure commençait déjà à surplomber du côté d'amont. En 1699, Lamoignon de Basville, intendant de cette province, entreprit de sauver le pont du Gard d'une ruine prochaine. Les architectes du Laurens et de Daviller, chargés de ce soin, remplirent le vide fait à la base des pieds-droits et ne laissèrent avec les encorbellements que l'étroit passage existant entre les piles et la cimaise. Mais les États généraux du Languedoc prirent le 22 janvier 1743 une décision avant pour objet de faire construire un pont sur le Gardon. Sur les indications de l'architecte, Henri Pitot, ce pont particulier fut adossé à la façade orientale de l'aqueduc antique.

 

Au cours des travaux, en 1745, a été posée sur le nouveau pont une plaque de marbre blanc portant cette inscription :

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AQUÆDUCTUM STRUXERANT
ROMANI
PONTEM ADDITIT
OCCITANIA
ANNO MDCCXLV
CURA. D. HENR. PITOT E REGIA SCIENTIARUM ACADEMIA


NDLR TRADUCTION : 
"Les Romains avaient construit l'aqueduc, l'Occitanie a ajouté le pont en l'an 1745, sous la direction de Henri Pitot, de l'Académie royale des sciences"

La plaque de marbre fut détruite en 1793 par les révolutionnaires



Une médaille commémorative portant cette légende: nunc utilius, fut frappée à cette occasion. C'était, dit Ménard, procurer à la fois deux avantages aux voyageurs, l'un de passer la rivière en tout temps sans danger, et l'autre de se voir à portée de satisfaire leur curiosité et de considérer à loisir les beautés et la magnificence de ce superbe monument. Il semble que ce double avantage eût pu s'obtenir tout en respectant l'édifice romain ; car il n'est que malheureusement trop vrai que cette construction nuit à l'aspect du monument en ce qu'elle lui donne une base dont la largeur paraît disproportionnée avec son caractère, sa légèreté et ses formes élancées.

 

Enfin la colossale cimaise qui couronne les arches du premier rang, presque complètement usée sous les pieds des passants, avait été abandonnée avec toutes ses dégradations : des cavités s'étaient formées sur l'extrados des voussoirs et l'eau des pluies, a filtrant à travers les voûtes, avait produit des désordres considérables. Il était réservé à notre époque de réaliser la complète restauration de ce magnifique ouvrage. Sur la proposition de M. Mérimée, inspecteur général des monuments historiques de la France, l'empereur Napoléon III chargea deux architectes éminents, MM. Questel et Laisné, de dresser un projet de restauration. Ces superbes travaux furent entrepris au mois de mai 1853 et achevés vers le mois d'avril 1857 ; ils ont mis pour plusieurs siècles le monument romain à l'abri des injures du temps.

 

L'inscription suivante, gravée en 1855, pendant le cours des réparations, sur l'une des piles du second rang, est chargée d'en transmettre le souvenir à la postérité.

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CET AQVFDVC CONSTRVIT PAR LES ROMAINS

POUR CONDVIRE À NIMES LES EAVX DE LA FONTAINE D'EVRE

REPARA PAR LES ÉTATS DE LANGVEDOC EN MDCCII

A ÉTÉ CONSOLIDÉ ET RESTAVRÉ EN MDCCCLV

PAR LES ORDRES DE L'EMPEREUR NAPOLÉON III

ET PAR LES SOINS DU MINISTRE D'ÉTAT

CH. QVESTEL ET J. LAISNÉ ARCHITECTES.

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C'est ainsi qu'est destiné à rester debout encore de longs siècles, pour faire leur admiration, ce remarquable édifice, un des rares monuments de l'antiquité qui nous fasse comprendre et sentir ce que l'on a quelquefois appelé « la grandeur romaine. »

(G. Charvet, les Voies romaines chez les Volkes Arécomiques.)

 

Au dire de C. Julian, l'étude la plus intéressante à faire en Gaule, pour observer l*incomparable habileté des architectes romains, est de suivre depuis la prise d'eau jusqu'au bassin d'amenée la ligne d'un aqueduc ; c'est ce qu'on peut faire, dit-il, presque pas à pas pour les aqueducs de Fréjus, de Lyon et de Nîmes. Ce dernier traverse le Gard sur un pont à trois étages, étonnante construction qui est peut-être la plus belle chose que les Romains aient laissée d'eux dans le monde entier... Il n'y a pas dans le monde romain un monument dont la vue surprenne et trouble au même. degré, on l'aperçoit brusquement, ait détour de la route, élégant et majestueux, encadré par le ciel, encadrant de ses arceaux le gracieux paysage du torrent et des collines.

 

Il n'est donc pas étonnant que le Pont du Gard ait été l'objet d'études très documentées et ait provoqué des impressions d'enthousiasme excessif. Nous croyons plaire à nos lecteurs en reproduisant les termes dont Alex Dumas a parlé du Pont du Gard dans ses Impressions de voyage du midi de la France : Il est impossible de se faire une idée de l'effet produit par cette chaîne granitique qui réunit deux montagnes, par cet arc-en-ciel de pierre qui remplit tout l'horizon, par ces trois étages de portiques qu'ont splendidement dorés dix-huit siècles de soleil. J'ai vu quelques-unes des merveilles de ce monde :

 

Westminster, fier des tombeaux de ses rois ; la cathédrale de Reims, aux pierres transparentes comme une dentelle ce magasin de palais qu'on appelle Gènes ; Pise et sa tour penchée Florence et son dôme ; Terni et sa cascade ; Venise et sa place Saint-Marc ; Rome et son Colisée ; Naples et son port ; Catane et son volcan ; j'ai descendu le Rhin emporté comme une flèche, et j'ai vu passer devant moi Strasbourg et son merveilleux clocher, que l'on croirait bâti par les fées ; j'ai vu le soleil se lever sur le Righi et se coucher derrière le mont Blanc, eh bien ! je n'ai rien vu ( j'en excepte cependant le temple de Ségeste, perdu aussi dans un désert ) qui n'ait parti aussi beau, aussi grand, aussi virgilien que cette magnifique épopée de granit qu'on appelle le Pont du Gard.

-oOo-

> La légende du lièvre du Pont du Gard

> Cartes Postales anciennec du Pont du Gard

 

 

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